Lhomme préhistorique étaitil doté de compassion

first_imgL’homme préhistorique était-il doté de compassion ?Une étude menée par des archéologues de l’université de York, au Royaume-Uni, a tenté de déceler chez l’homme préhistorique des indices d’une forme de compassion. Si les sentiments laissent bien sûr peu de traces archéologiques, ces chercheurs se sont intéressés aux restes d’hommes invalides ou âgés, qui n’auraient pas pu survivre seuls sans l’aide de leurs pairs.”Nous avons traditionnellement prêté beaucoup d’attention à la façon dont les premiers humains pensaient les uns aux autres, mais il serait temps de savoir s’ils prenaient soin les uns des autres” souligne l’archéologue Penny Spikins, dont les travaux ont été publiés dans le journal britannique Time and Mind. Néandertal n’était pas la brute épaisse qui nous a souvent été présentée. Alors que nous savons par exemple qu’Homo neanderthalensis pouvait parler, qu’il enterrait ses morts, ou encore qu’il concevait des objets non utilitaires attestant d’une pensée symbolique, des chercheurs britanniques se sont interrogés sur la possible compassion qu’il ressentait.”Lorsque nous nous interrogeons sur les comportements associés aux individus des sociétés passées, nous avons tendance à nous focaliser sur leurs mœurs guerrières, synonymes de violence et de cruauté, explique Penny Spikins. Mais il est important de souligner que les émotions positives comme la compassion ou le remords ont été des points clés de la réussite évolutive de certaines espèces comme de la nôtre” ajoute-t-elle.Pour mener leurs recherches, les archéologues se sont penchés sur les traces d’individus malades ou infirmes, qui ne pouvaient vraisemblablement pas se débrouiller seuls. C’est notamment le cas du Vieil homme de Shanidar, qui a vécu il y a 70.000 ans environ, en Irak. Aveugle, sourd, privé de son bras droit et souffrant de problèmes de locomotion, il a vécu pendant 25 à 30 ans dans cet état. En Espagne ont été découvertes les traces d’un enfant Homo heidelbergensis (antérieur à Néandertal) souffrant de synostose crânienne précoce qui entraîne un développement anormal du cerveau et une déformation du crâne. L’enfant était probablement atteint d’un handicap mental important, et a pourtant vécu entre cinq et huit ans.Si ce type de détails est rare, ces derniers n’en demeurent pas moins de précieux indices d’une possible compassion chez l’homme préhistorique. Les chercheurs suggèrent plusieurs étapes du développement de ce sentiment altruiste, des simples gestes de réconfort de l’ancêtre commun à l’homme et au chimpanzé il y a 6 millions d’années, aux hommes modernes, il y a 120.000 ans, dont la compassion s’est étendue aux étrangers, aux animaux ou aux objets. Certains scientifiques se montrent plus sceptiques. C’est le cas de Jean-Jacques Hublin, professeur à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne, qui voit en ces recherches “une tentation anthropocentrique courante d’humanisation des homininés, même anciens. Lorsque nous nous basons sur les émotions que nous ressentons actuellement pour retracer ce qu’ont pu éprouver les premiers hommes, il est facile de projeter nos propres affects”, explique-t-il.Le 6 novembre 2010 à 12:58 • Emmanuel Perrinlast_img

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